03 octobre 2008
Question de langue
Elle se balance en silence. Puis articule dans le vent les mots étrangers.
Les cordes enserrent sa liberté.
Petits balancements lascifs qui font bouger ses fesses et ses seins, et ses lèvres aussi, dans des mastications de mots très insolites, tellement qu'ils défilent à la queue leu leu pour se défiler ensuite grossièrement.
Trois petits pas et patapon. Et grosses inepties!
Elle s'en retourne dans les photos anciennes qui en ont assez d'être crayonnées de rouge.
Tiens elle préfèrerait les déchirer de quelques gestes assassins: que le grand cric les croque!
Que s'envolent les petits bouts de papier inutiles que personne ne lira jamais.
Sauf le grand surveillant aux portes de l'enfer, qui l'attend dans sa terrible spirale d'indignation.
Quand donc apprendra-t-il la langue...?
04 septembre 2008
La chose amère
Osera-t-elle?
Revenir ici rôder quelque peu?
sans que personne ne soupçonne quoi que ce soit?
Combien de temps faudra-t-il pour être démasquée?
Elle comptera le temps, elle le mettra en boite, en boite d'hésitation, en crème de tags
Des tags tiens, c'est à la mode de chez nous, on les plante avec les doigts, ils surgissent au cœur de la toile, appellent le chaland, hèlent les solitaires, hument les odeurs chaudes et futées
Il faut de tout pour faire un monde, lisez les livres d'histoire si vous en doutez. La grande où l'on ne parle jamais de ciels bleus ni de pinsons, voyons, voyons, il convient d'être sérieux!
Ne vous pressez-pas messieurs dames, il y en aura pour toutes les chimères...
Ce soir son cœur déborde de ne pouvoir rire dire
Elle cale la chose amère sous la dent, lui intime l'ordre d'être sage, de ne pas bouger...et elle l'avale, d'un coup sec!
La chose amère obstrue sa gorge depuis deux semaines, elle y prend ses quartiers la mauvaise...
18 mars 2007
Les temps sont durs...
Il y a tous ces mots qui sont là et qui ne sortent pas, qui l'oppressent, qui la tenaillent, qui se dérobent.
Les mots qui se dérobent sont des mots criminels...ils la tuent les salauds !
Bon.
Suffirait qu'elle empoigne son stylo...
Ça sort pas comme elle voudrait.
Alors elle rature, elle re-rature, elle corrige.
Le papier souffre.
Elle angoisse.
Je voudrais que mes mots soient fluides, coulent, s'écoulent en harmonie, en dehors de moi, que je puisse les contempler...et respirer librement.
Mais non. Je suis en grave danger de tumeur.
Les mots se pressent dans ma gorge, résistent.
Nausée. Envie de vomir. De me débarrasser du trop plein...
Me mettre devant le clavier. Faut juste croire qu'elle s'en sortira, comme toutes les autres fois
Taper avec rage, confondre les touches, effacer, encore et encore.
Recommencer. Que personne ne me dérange, s'il vous plaît!
Il n'est l'heure ni de manger, ni de sortir, ni de...rien du tout
Il est juste l'heure d'écrire ce qui reste coincé.
Essayer de nouveau.
Mince c'est presque un accouchement
Cela fait mal et même vachement!
20 janvier 2007
Ce qui pique n'est pas aimant...
La moustache est arrogante et quand elle s'approche conquérante, la louve la refuse, se défile sous les piquants qui se disent amoureux d'elle, elle sait bien que ce qui pique n'est pas aimant...
De même pour les cactus surtout quand ils sont vieux, tordus et rabougris, sentent le désert et la désolation, les brûlures d'un soleil sans arbre, sans ombre...elle sait bien que ce qui pique n'est pas aimant...
Pourquoi cet entêtement à conserver pieusement ce qui est déjà sur le point de se dissoudre, non seulement dans l'oubli, mais dans la moisissure? Les tas s'écroulent sous l'inertie, comme des corps sans vie trébuchent les uns sous les autres dans les charniers mortifères..
Elle regarde ce gâchis, fusille des yeux sans arriver à le tuer, l'incroyable fourbi qui au fil des jours lui plaque à la peau. Comme un eczéma qui lui gratte à sang jusqu'à la plus petite parcelle de tendresse rescapée...
04 janvier 2007
L'heure du temps
Alors elle se tait, s'enterre dans ses silences, tournée vers un en-deça qui la sillonne en vagues frémissantes. Ses pas s'aventurent à l'aveugle, mais ils refusent farouchement de s'embourber.
Alors elle erre dans des couloirs déguisés en labyrinthes dont elle cherche la clé. Aujourd'hui la clé a crié dans des douleurs d'accouchement, la clé s'est cassée, par deux fois. Et cela a fait un grand bruit, un bruit de tremblement de ventre.
Mais chaque fois, elle recolle les deux bouts de la clé rebelle avec un étrange sourire aux lèvres...elle sait qu'il lui suffira de six mois pour la dompter, déjà les portes tremblent, gémissent sous leurs gonds qui s'effarouchent de son audace...
Elle le sait bien que la pluie danse déjà dans l'espace, et qu'il est temps que le temps se repose...elle le sait bien...
29 décembre 2006
Les lunettes qui écoutent
Au petit matin la fête fut finie.
On ramassa les débris un peu surpris, les emballages effilochés, les lampions éclatés. Tout par terre, lamentablement fripé en mille éclats de lassitude.
Chacun s'en est retourné depuis longtemps sur le chemin de ses silences, en serrant dans sa poche des petits cailloux oubliés dans les orages du temps, plantés en graines stériles dans la boue des chemins...Brouillard infiniment...Tempête pour du rien...
Au petit matin elle se dit qu'il y avait de la folie dans l'air, elle chantonna doucement une chanson à boire, une chanson obscène de marin éméché. Puis une autre, encore une autre, jusqu'à plus soif...jusqu'à violer la mémoire indocile
Puis tranquillement elle se coucha le long de ses grisailles, brancha ses yeux vers deux nuages blancs qui s'envolaient dans le vent, visa avec grand soin et recueillit dans ses paumes les petits morceaux de ciel.
Juste un peu de tendresse derrière des lunettes qui écoutent et essuient les larmes
27 décembre 2006
Rêver en bleu
Il est passé de l'Est au Nord, puis s'est dirigé vers le Midi. La louve sur le quai l'attendait, le coeur un peu battant. Les coeurs battent toujours un peu quand ils attendent une étoile...
Puis: un deux trois, trajet à l'envers...dans le brouillard et la joie d'être ensemble.
Il y eut un soir et des bavardages à n'en plus finir, un rhume aussi zut pour les bisous d'amitié, il y eut un matin....et toujours des bavardages à n'en plus finir
Elle s'oblige au temps de travail, se penche à présent sur le double si menaçant, tente de l'apprivoiser, il se dérobe, alors elle fuit un peu chez Kaila
La louve est son amie, elle lui permet de rêver, de s'évader
De rêver un peu sa vie en bleu...
24 décembre 2006
La spirale tourne fou
Il y a là un gouffre, un abime, un précipice infranchissable.
Le double s'y tient bien tranquille, monstre silencieux à la recherche de ses repères. Le double a séquestré bien au fond tous les secrets de la mémoire, pauvre petite mémoire rompue par les coups qui l'ont rendue stérile. Puis il a jeté la clé dans les eaux tempétueuses de la rivière sauvage, et la louve se tient là, coite et apeurée de tant de violence souterraine.
Elle ne franchira pas la rivière, les remous assassinent, la respiration s'essouffle, se cherche et halète en soubresauts jusque dans les profondeurs, là où l'on perd conscience du monde. La spirale tourne fou, cherche en vain le déroulé de l'aventure.
Pourtant, elle refuse la soumission, les bonnes paroles, les silences éloquents des milieux de fête, quand les gens sont fatigués de danser.
Elle attendra le printemps, les premiers rayons du soleil...
06 décembre 2006
Devant la vitrine du magasin
Parfois au hasard d'une marche dans la ville toujours pressée, elle surprend tout à coup des gens là en double dans les vitrines de certains magasins. Les reflets sont mouvants, colorés, changeants, pressés.
Soudain petit choc. Arrêt sur image. Elle hésite à continuer.
Parce que ses yeux ricochent sur une femme qui lui ressemble...
Elle dit non ce n'est pas possible! Elle ne se reconnait pas dans cette petite femme insignifiante, mal coiffée, mal habillée, mal vivante.
Alors elle sourit pour voir, d'habitude il suffit de ça pour que les visages devant elle se dérouillent.
Elle sourit... l'autre là, la mal vivante sourit aussi, quoique un peu timidement on dirait...
Il y a du monde dans la rue, elle se fait bousculer par les gens pressés: mais ne restez pas là plantée comme une idiote...
Elle reste encore un moment plantée comme une idiote, parce qu'un dialogue a débuté, là sur le trottoir toujours aussi pressé, entre elle et elle
Et cela ressemble furieusement à un dialogue d'amour...
03 décembre 2006
Quand ses lignes s'alignent
Parfois le soir devant le clavier qui reste vide, vide, vide, elle sent la panique qui lui remonte des doigts de pieds jusqu'aux doigts de mains.
Sa bouche se crispe et ça fait pas des sourires.
Elle cherche dans son sac si des mots ne se seraient pas cachés là, bien profonds, les vilains.
Elle trouve un morceau de chocolat, tiens c'est bizarre, mais que fait-il donc là?
Alors elle le mange vite fait sans le regarder parce qu'elle a les yeux coupables et va vers le miroir de sa salle de bain, c'est bien ce qu'elle pensait, elle a grossi d'un kilo. Un très gros kilo.
Bon elle revient au clavier et vomit quelques mots. Il faut bien qu'elle fasse attention à ses lignes, pas vrai? Alors elle fond de bonheur parce que des lignes il y en a, des dizaines et des dizaines...
Et quelques unes sont de très belles lignes. Voilà!

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