Des silences éloquents

Descendre à l'intérieur des espaces solitaires, là où quelque part, tous les êtres se ressemblent. La louve se raconte dans des textes courts et remplis de métaphores. Silences et humeurs....

18 mars 2007

Les temps sont durs...

Il y a tous ces mots qui sont là et qui ne sortent pas, qui l'oppressent, qui la tenaillent, qui se dérobent.
Les mots qui se dérobent sont des mots criminels...ils la tuent les salauds !
Bon.
Suffirait qu'elle empoigne son stylo...
Ça sort pas comme elle voudrait.
Alors elle  rature, elle re-rature, elle corrige.
Le papier souffre.
Elle angoisse.

Je voudrais que mes mots soient fluides, coulent, s'écoulent en harmonie, en dehors de moi, que je puisse les contempler...et respirer librement.
Mais non. Je suis en grave danger de tumeur.
Les mots se pressent dans ma gorge, résistent.
Nausée. Envie de vomir. De me débarrasser du trop plein...

Me mettre devant le clavier.
Taper avec rage, confondre les touches, effacer, encore et encore.
Recommencer. Que personne ne me dérange, s'il vous plaît!
Il n'est l'heure ni de manger, ni de sortir, ni de...rien du  tout
Il est juste l'heure d'écrire ce qui reste coincé.
Essayer de nouveau.
Mince c'est presque un accouchement
Cela fait mal et même vachement!

Faut juste croire qu'elle s'en sortira, comme toutes les autres fois

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20 janvier 2007

Ce qui pique n'est pas aimant...

cactus_desert

La moustache est arrogante et quand elle s'approche conquérante, la louve la refuse, se défile sous les piquants qui se disent amoureux d'elle, elle sait bien que ce qui pique n'est pas aimant...

De même pour les cactus surtout quand ils sont vieux, tordus et rabougris, sentent le désert et la désolation, les brûlures d'un soleil sans arbre, sans ombre...elle sait bien que ce qui pique n'est pas aimant...

Pourquoi cet entêtement à conserver pieusement ce qui est déjà sur le point de se dissoudre, non seulement dans l'oubli, mais dans la moisissure? Les tas s'écroulent sous l'inertie, comme des corps sans vie trébuchent les uns sous les autres dans les charniers mortifères..

Elle regarde ce gâchis, fusille des yeux sans arriver à le tuer, l'incroyable fourbi qui au fil des jours lui plaque à la peau. Comme un eczéma qui lui gratte à sang jusqu'à la plus petite parcelle de tendresse rescapée...

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04 janvier 2007

L'heure du temps

fillesouslapluie

Alors elle se tait, s'enterre dans ses silences, tournée vers un en-deça qui la sillonne en vagues frémissantes. Ses pas s'aventurent à l'aveugle, mais ils refusent farouchement de s'embourber.

Alors elle erre dans des couloirs déguisés en labyrinthes dont elle cherche la clé. Aujourd'hui la clé a crié dans des douleurs d'accouchement, la clé s'est cassée, par deux fois. Et cela a fait un grand bruit, un bruit de tremblement de ventre.

Mais chaque fois, elle recolle les deux bouts de la clé rebelle avec un étrange sourire aux lèvres...elle sait qu'il lui suffira de six mois pour la dompter, déjà les portes tremblent, gémissent sous leurs gonds qui s'effarouchent de son audace...

Elle le sait bien que la pluie danse déjà dans l'espace, et qu'il est temps que le temps se repose...elle le sait bien...

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29 décembre 2006

Les lunettes qui écoutent

Au petit matin la fête fut finie.
On ramassa les débris un peu surpris, les emballages effilochés, les lampions éclatés. Tout par terre, lamentablement fripé en mille éclats de lassitude.
Chacun s'en est retourné depuis longtemps sur le chemin de ses silences, en serrant dans sa poche des petits cailloux oubliés dans les orages du temps, plantés en graines stériles dans la boue des chemins...Brouillard infiniment...Tempête pour du rien...

Au petit matin elle se dit qu'il y avait de la folie dans l'air, elle chantonna doucement une chanson à boire, une chanson obscène de marin éméché. Puis une autre, encore une autre, jusqu'à plus soif...jusqu'à violer la mémoire indocile
Puis tranquillement elle se coucha le long de ses grisailles, brancha ses yeux vers deux nuages blancs qui s'envolaient dans le vent, visa avec grand soin et  recueillit dans ses paumes les petits morceaux de ciel.

Juste un peu de tendresse derrière des lunettes qui écoutent et essuient les larmes

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27 décembre 2006

Rêver en bleu

Il est passé de l'Est au Nord, puis s'est dirigé vers le Midi. La louve sur le quai l'attendait, le coeur un peu battant. Les coeurs battent toujours un peu quand ils attendent une étoile...
Puis: un deux trois, trajet à l'envers...dans le brouillard et la joie d'être ensemble.

Il y eut un soir et des bavardages à  n'en plus finir, un rhume aussi zut pour les bisous d'amitié,  il y eut un matin....et toujours des bavardages à n'en plus finir

Elle s'oblige au temps de travail, se penche à présent sur le double si menaçant, tente de l'apprivoiser, il se dérobe, alors elle fuit un peu chez Kaila

La louve est son amie, elle lui permet de rêver, de s'évader
De rêver un peu sa vie en bleu...

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24 décembre 2006

La spirale tourne fou

DarrenHolmes3

Il y a là un gouffre, un abime, un précipice infranchissable.

Le double s'y tient bien tranquille, monstre silencieux à la recherche de ses repères. Le double a séquestré bien au fond tous les secrets de la mémoire, pauvre petite mémoire rompue par les coups qui l'ont rendue stérile. Puis il a jeté la clé dans les eaux tempétueuses de la rivière sauvage, et  la louve se tient là, coite et apeurée de tant de violence souterraine.

Elle ne franchira pas la rivière, les remous assassinent, la respiration s'essouffle,  se cherche et halète en soubresauts jusque dans les profondeurs, là où l'on perd conscience du monde. La spirale tourne fou, cherche en vain le déroulé de l'aventure.

Pourtant, elle refuse la soumission, les bonnes paroles, les silences éloquents des milieux de fête, quand les gens sont fatigués de danser.

Elle attendra le printemps, les premiers rayons du soleil...

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06 décembre 2006

Devant la vitrine du magasin

BraqueFigure

Parfois au hasard d'une marche dans la ville toujours pressée, elle surprend tout à coup des gens là en double dans les vitrines de certains magasins. Les reflets sont mouvants, colorés, changeants, pressés.

Soudain petit choc. Arrêt sur image. Elle hésite à continuer.

Parce que ses yeux ricochent sur une femme qui lui ressemble...

Elle dit non ce n'est pas possible! Elle ne se reconnait pas dans cette petite femme insignifiante, mal coiffée, mal habillée, mal vivante.

Alors elle sourit pour voir, d'habitude il suffit de ça pour que les visages devant elle se dérouillent.

Elle sourit... l'autre là, la mal vivante sourit aussi, quoique un peu timidement on dirait...

Il y a du monde dans la rue, elle se fait bousculer par les gens pressés: mais ne restez pas là plantée comme une idiote...

Elle reste encore un moment plantée comme une idiote, parce qu'un dialogue a débuté, là sur le trottoir toujours aussi pressé, entre elle et elle

Et cela ressemble furieusement à un dialogue d'amour...

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03 décembre 2006

Quand ses lignes s'alignent

Parfois le soir devant le clavier qui reste vide, vide, vide, elle sent la panique qui lui remonte des doigts de pieds jusqu'aux doigts de mains.

Sa bouche se crispe et ça fait pas des sourires.

Elle cherche dans son sac si des mots ne se seraient pas cachés là, bien profonds, les vilains.

Elle trouve un morceau de chocolat, tiens c'est bizarre, mais que fait-il donc là?

Alors elle le mange vite fait sans le regarder parce qu'elle a les yeux coupables et va vers le miroir de sa salle de bain, c'est bien ce qu'elle pensait, elle a grossi d'un kilo. Un très gros kilo.

Bon elle revient au clavier et vomit quelques mots. Il faut bien qu'elle fasse attention à ses lignes, pas vrai? Alors elle fond de bonheur parce que des lignes il y en a, des dizaines et des dizaines...

Et quelques unes sont de très belles lignes. Voilà!

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01 décembre 2006

Elle préfère les personnes

Ce soir elle a regardé ses livres. A tiré toutes les couvertures à elle.

Quelle chance, elle se dit, d'avoir tant de livres...des petites piles qui patientent ça et là, l'air de rien, en regardant ailleurs pour ne pas se faire remarquer. Mais qui lui font des clins d'yeux, ça c'est sûr, pour attirer son attention...

Dans ces piles de livres, on y parle de gens, on y parle tellement de gens que ça en devient lassant. Ce sont toujours les mêmes gens d'ailleurs, qui se déguisent à qui mieux mieux, comme des gamins attardés. Mais elle les reconnaît faut pas croire.

Dans ces livres,on y raconte des histoires jolies et pas jolies, et beaucoup d'autres choses encore.

Elle se dit que décidément, parfois elle préfère les autres choses. Parce que les gens...

Elle n'ose pas trop le dire, mais elle n'aime pas les gens, elle préfère les personnes.

b_atriceTabah

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23 novembre 2006

Méli-mélo désordonné

a2422jAlors elle s'embrouille un peu dans les traces qu'elle laisse. Traces de pas, traces de mains, traces de bonheur, traces de douleur.

Méli-mélo désordonné, pêle-mêle un peu raté. Ombres encrées, étincelles moribondes, il est où le chemin? Elle étouffe un peu, reconnaît d'anciennes douleurs, distingue des fantômes qui s'invitent malgré elle. Et son coeur bat la chamade sous le choc de vieilles peurs qu'elle croyait oubliées, et son centre s'angoisse dans des battements échevelés. Elle renie son sourire de statue, qu'elle a gravé autrefois à coups de burin sur le visage, il n'y a pas de face à sauver...

Elle lutte c'est évident, contre les pluies, contre les maux inadéquats, contre les tempêtes intérieures qui progressent en ricanant déjà leur victoire.

Elle lutte, elle le redit plusieurs fois pour s'en convaincre...

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